lundi 8 octobre 2012

L’Arena : à ne plus rien comprendre
Ambigüités politiques, censures médiatiques, désintérêt militant, le projet de grande salle avance dans une sorte de silence complice.

   Voici un projet fou à 103 millions d’euros minimum (certains parlent de 130) où chacun se positionne à titre personnel en fonction des circonstances. Ce qui vaut pour les élus vaut aussi pour la presse. Faisons le point :
   Aux dernières nouvelles, Mme Corinne Leveleux Teixera, l'une des responsables du PS orléanais, est contre le projet actuel sans dire exactement quel est son souhait.
   Aux dernières nouvelles, M. François Bonneau, président PS de la région, est pour le projet et toujours prêt (lui et les élus de sa majorité) à accorder 12 millions d’euros de subvention  pour l’Arena (on dit parfois 11 ou 15 !)
   Aux dernières nouvelles, les Verts ne disent plus grand-chose. M. Grand qui était pour est désormais contre mais ne le fait pas trop savoir.
   Aux dernières nouvelles, le Front de Gauche conduit par le Parti Communiste est contre l’Arena après avoir été pour une « Arena pour tous » ( !) et propose clairement un autre projet (discutable) sur un site différent et avec une salle moins grande (7000 places)
   Aux dernières nouvelles, M. Grouard député-maire UMP fonce toujours tête baissée pour faire aboutir le projet. Très content d’avoir vu ses amis Sarkozy et Douillet appuyés le dossier auprès du CNDS juste avant l’élection présidentielle, il n’a pas digéré le revirement dudit CNDS qui a décidé de reporter l’octroi de la subvention de 15 millions (+ 5) après l’élection de M. Hollande.
   Le CNDS qui avait voté la subvention de justesse fin avril annule la décision à la quasi unanimité fin juillet. M. Grouard qui était passé en force deux mois plus tôt crie subitement au scandale et au règlement de comptes politique.
    Que savons-nous du Centre national pour le développement du sport (CNDS) ? Qu’il fut créé en 2006 et qu’il était présidé en avril dernier par un certain Raymond-Max Aubert. Or, en juillet, ce M. Aubert était encore Président du CNDS et mieux même, on peut lire dans le Journal Officiel du 31 août 2012 ce qui suit : « Par un arrêté en date du 16 août 2012, Raymond-Max Aubert, inspecteur général de l'administration du développement durable honoraire, est chargé d'exercer les fonctions de président par intérim du conseil d'administration du Centre national pour le développement du sport (Arr. min. 16 août 2012, JO 31 août, p. 14056)
   Or, que sait-on de M. Aubert ?
   Qu’il fit ses études a l'ENA, issu de la promotion Voltaire comme… François Hollande
   Qu'il fut élu député RPR en 1993 face à…François Hollande.
   Qu’il fut élu maire de Tulle deux ans plus tard mais qu’il fut battu aux législatives (1997) et aux municipales (2001), par un certain… François Hollande.
    Petite consolation 2003, il fut élu en 2003 président du conseil d'administration de l’Agence nationale pour le chèque-vacances(ANCV) puis devint enfin président du conseil d'administration du Centre national de développement du sport (CNDS).
   M. Grouard s’attaque donc à une institution dirigée par un de ses amis politiques. M. Grouard qui est un supporter de François Fillon aurait-il trouvé à la tête du CNDS un supporter de J. F. Copé ?...

    Côté presse, le débat sur l’Arena n’encombre ni les colonnes ni les antennes.
   Aux dernières nouvelles, La République du Centre continue de se réjouir du projet. Toutes ses plus belles plumes n’ont pas le temps de donner la parole aux observateurs moins enthousiastes à l’exception des officiels. La lecture du livre de Marc Perelman ne leur ferait pas de mal pour comprendre réellement les véritables enjeux (voir ci-dessous).
   Aux dernières nouvelles, La Tribune d’Orléans ne se pose toujours pas réellement de questions ni sur le coût pour la collectivité, ni sur le naming envisagé (la "Servier Arena" ?), ni sur les fonctions politiques et idéologiques de l'équipement. L’essentiel est de faire croire à la neutralité en se limitant au simple constat.
   Aux dernières nouvelles, France Bleu Orléans et plus encore France 3 Orléans font le minimum en jugeant sans doute que le projet n’est qu’un projet « sportif » et ne mérite pas quelques minutes d’antenne régulières voir un dossier complet.
   Le maire a bien compris que les ambigüités de l’opposition, la censure et la fausse neutralité de la presse, le désintérêt des « intellos » et de la plupart des responsables d’associations pour un équipement (dit sportif) de spectacles populaires, et le "refus de savoir" des militants dits progressistes, servent parfaitement son projet. Il ne s’en plaint pas. Le CACS


Lu dans Le Monde le samedi 6 octobre 2012

Ces investissements que l'Etat repousse faute de crédits

LE MONDE  - 06.10.2012

De la Somme aux Alpes-Maritimes, les grands projets d'infrastructures sont sur la sellette faute de financements. Le projet de loi de finances 2013 prévoit ainsi que "des projets non prioritaires ou dont le financement n'a jamais été établi sont décalés ou arrêtés". Le gouvernement a annoncé une réduction de sa dotation de financement des collectivités de 1,5 milliard en 2014 et 2015.

. Les projets de lignes à grande vitesse (LGV) menacés
. Incertitudes sur le canal Seine-Nord
. La justice ralentit la construction de prisons
. Les projets culturels face à la disette budgétaire

Avec 2,63 milliards de crédits annoncés pour 2013, le ministère de la culture subit une baisse de 3,3 % de son budget. En 2015, la chute devrait atteindre 5,5 %.

Sont ainsi stoppés net : le projet d'un centre des réserves du Louvre ouvert au public à Cergy-Pontoise, ainsi que le projet de centre international pariétal dit "Lascaux-4" en Dordogne (12 millions d'euros).
A Paris, la Maison de l'histoire de France, le Musée de la photo à l'hôtel de Nevers et la salle supplémentaire à la Comédie-Française ne verront pas le jour.
A l'est de la capitale, le projet de "Villa Médicis" en Seine-Saint-Denis, installé dans la tour Utrillo, à Clichy-Montfermeil, sera "redimensionné".

Beaucoup d’investissements majeurs sont (seront sans doute) annulés et reportés sauf les… « plus urgents » :

. Les grands stades pour l’Euro 2016 : plus d’1,6 milliard d’euros
. Et, si l’on suit le maire d’Orléans, le projet d’Arena de la ville : 103 millions d’euros au minimum (+ quelques autres salles en France)

Il est peut être temps d’arrêter les « folies sportives »
Non à la construction et à la rénovation des grands stades
Non à la construction des grandes salles Arena
________________

Pour mieux comprendre les enjeux économiques, politiques et idéologiques du projet Arena,
Lire le livre de l’architecte Marc Perelman


Genèse et structure d'un espace historique (psychologie de masse et spectacle total) - Gollion, Infolio éditions [464 p., illus. coul., N&B] (2010)

Au cœur des villes, le stade apparaît comme le lieu historique de la compétition sportive et d’un spectacle planétaire. Né à Olympie, il s’est métamorphosé en une machine à voir grâce à la modernité technologique – acier et verre, béton et gigantesques porte-à-faux, systèmes télévisuels et vidéosurveillance.
Consacrant une architecture monumentale, le stade est devenu une puissance visuelle ostensible magnétisant les foules fascinées. La rigueur de sa géométrie en anneau participe du façonnement de la masse qui clame sa soumission à l’ordre de la compétition sportive au sein d’un espace clos et dans un temps rythmé par les prouesses des athlètes.
Loin de la neutralité, de l’innocence, de la pureté où il puiserait une force originelle, le stade est le réceptacle dans lequel s’accumulent les ferments de la violence. Les rancœurs politiques et sociales sont captées, orientées et amplifiées par la logique de la compétition sportive dont le stade est la matrice.


 Ce qu’en pense « Libération »

« Peu de réalités échappent autant au questionnement critique dans notre modernité que le stade. Le mythe sportif étouffe les intelligences. Auteur de nombreux ouvrages sur le sport et sa fonction sociopolitique, l’architecte et esthéticien Marc Perelman, avec son livre L’Ère des stades, comble cette lacune. » (Robert Redeker, Tageblatt)
« Si on parle de “dieux du stade”, c’est parce que le stade doit lui-même quelque chose aux dieux. En particulier au fils de Zeus et de la mortelle Alcmène, au héros qui de ses mains étrangla le lion de Némée et captura Cerbère dans les Enfers : le vigoureux et rusé Héraklès, ou Hercule. » (Robert Maggiori, Libération)
 
 
 

Pour tout renseignement :

Centre d'Analyse Critique du Sport :
tél : 06 82 57 55 73
Blog: http://lecacs.blogspot.com







  
 


 

samedi 22 septembre 2012


Pour tout commentaire :
Envoyer un message à l'adresse suivante : E-Mail : lecacs@live.fr
Laisser un message sur le répondeur téléphonique : 06 82 57 55 73
"Camarades, réveillez vous !"
Le maire d'Orléans est favorable aux coupes claires dans les dépenses publiques principalement les dépenses sociales. Mais il persiste dans son projet fou d'Arena à 105 millions !
 
   Ayant obtenu la veille de l'élection présidentielle le feu vert de ses amis pour la subvention de 20 millions d'euros pour "son Arena", le maire d'Orléans Serge Grouard s'étouffe à chaque fois qu'il parle du refus (survenu après l'élection de François Hollande) du CNDS d'accorder finalement ladite subvention
   Le vendredi 21 septembre, Serge Grouard a annoncé son intention de porter plainte contre l'Etat devant le tribunal administratif pour que la somme de 20 millions indispensable pour construire la grande salle soit de nouveau attribuée à la ville.
   M. Grouard et ses amis ne cessent  d'exiger des coupes claires dans les dépenses publiques, et d'appeler à la poursuite du démantèlement de la protection sociale (retraites, assurance maladie, chômage), à la réduction du nombre de postes de fonctionnaires et à la dégradation des services publics en appelant à la fermeture d'hôpitaux, de classes, de bureaux de postes, de lignes SNCF et à la participation des collectivités locales à l'effort national de réduction des déficits.
   Et, dans ce climat socialement très sombre,  M. Grouard veut toujours construire une grande salle de sports et de spectacles à plus de 100 millions d'euros alors que le Zénith existe à deux pas de l'endroit choisi (voir le dossier sur ce site).
   C'est tellement absurde qu'on se demande encore pourquoi une opposition farouche des citoyens orléanais et en premier lieu, des militants dits progressistes, ne s'est pas organisée. Comment est-ce possible de se taire sur un tel projet démentiel  quand on participe par ailleurs à toutes les luttes sociales, écologiques, etc. Le sport est-il à ce point  intouchable, "hors sol" pour que les voix habituellement si fortes soient  si discrétes ?
   Si par malheur pour Orléans, le projet se fait, beaucoup de monde pourra se sentir complice de la folie d'un maire qui veut "laisser son empreinte" à n'importe quel prix.
   Comme on disait dans un autre temps : "Camarades, réveillez vous !" M.C.
 

samedi 1 septembre 2012



Conditionnement

   Nous avions dit ce qu'il fallait penser de l'attitude de la majorité des journalistes pendant les Jeux Olympiques dans un entretien récent (voir ci-dessous la référence à l'article paru dans les Inrocks).
   Nous ne sommes pas non plus déçus du retour des athlètes médaillés dans leur ville. Les maires ont compris l'intérêt de saluer « leurs champions » en les faisant défiler sur des "autobus londoniens" à Paris, Nice et... même à Orléans !
   Le chauvinisme de clocher est parfaitement alimenté par les radios du service public. France Bleu Orléans a salué le vendredi 31 août le parcours majestueux (300 mètres !) des deux médaillés orléanais. Et comme par hasard, les journalistes de la station n'ont trouvé que des gens heureux et admiratifs : "On est fiers d'être orléanais", "C'est bien pour Orléans", etc. Le conditionnement de l'opinion dite publique fonctionne à plein régime. Car sérieusement, à Orléans, qui connaissait Automne Pavia avant les Jeux de Londres ? Qui savait qu'elle faisait du judo ? Elle-même ne connaissait pas Orléans, ville qu'elle a découverte ce 31 août en bus  (elle n'a signé que fin juin dans le club !). A ces Orléanais rencontrés « par hasard » par leur radio favorite, on serait tenté de poser la question non autorisée par la presse : « En quoi c’est bien pour Orléans qu’une illustre inconnue ait gagné une médaille de bronze dans un sport confidentiel ? ». Les réponses peuvent être envoyées à l’adresse électronique du CACS
   Le conditionnement c’est ça : faire fonctionner les gens comme on veut qu’ils fonctionnent (et qu’ils raisonnent). Ce conditionnement ne vaut pas que pour le sport. En ce moment, on les conditionne sur le changement trop lent (le nouveau gouvernement est en place depuis juin et en deux mois, dont un de vacances, il n’a pas résorbé le chômage et augmenté le pouvoir d’achat de tous les Français. Quelle honte, que fait-il ?). On les conditionne aussi sur le prix du litre  d’essence qui fait hurler quand il augmente de 3 centimes et déçoit énormément quand il baisse de 4 ou 5 (comme si un gouvernement pouvait décider de fixer le prix du litre à 1 euro).
   On les conditionne encore sur l’allocation de rentrée scolaire (une augmentation de 25% est jugée insuffisante !), on les conditionne sur les « charges insupportables » (il ne faut surtout pas utiliser le terme juste de cotisations pour montrer à quel point c’est un fardeau dont il faut se délester), on les conditionne – l’ignoble Figaro en tête – pour dire tout le mal des « fonctionnaires privilégiés » (quels privilèges pour le fonctionnaire de base ?), etc.
   Décidément une lecture attentive des textes de Pierre Bourdieu, d’Alain Accardo et de Patrick Champagne sur les médias et sur la construction de l’opinion publique est plus que jamais nécessaire.

dimanche 26 août 2012

Dans la presse
. L'Express - 26 août
http://www.lexpress.fr/actualite/sport/armstrong-une-folle-logique-competitive_1152874.html

. Les Inrocks - 24 août
Dopage: “Lance Armstrong a été énormément soutenu”
http://www.lesinrocks.com/2012/08/24/actualite/lance-armstrong-a-ete-enormement-soutenu-11289714/

. Le Soir (journal belge) – 3 août
Les critiques des Jeux olympiques sont très peu audibles - lesoir.be
selv61.lesoir.be/...03/les-critiques-des-jeux-olympiques-sont-tres-peu... Rédaction en ligne. vendredi 03 août 2012, 18:02 ...

. Les Inrocks - 2 août
JO de Londres: “On les appelle ‘journalistes’, mais ce sont des supporters”
http://www.lesinrocks.com/2012/08/02/actualite/on-les-appelle-journalistes-mais-ce-sont-des-supporters-11283249/

Pour en savoir plus :

Le Centre d'Analyse Critique du Sport (CACS) étudie les fonctions politiques, économiques, idéologiques, mythologiques et culturelles du sport entendu comme "fait social total". Sous la responsabilité de Michel Caillat, auteur de nombreux ouvrages et articles sur le sujet, le CACS travaille sur 40 thèmes - de Sport et Aliénation à Sport et Violence - d'où l'appellation CACS 40
Pour tout renseignement :
Centre d'Analyse Critique du Sport:
E-Mail :lecacs@live.fr
Portable : 06 82 57 55 73 (laisser un message sur le répondeur)



+1 de vous en mode public pour ce contenu Ann


vendredi 24 août 2012

Lance Armstrong et ses complices
Les amis du sport souhaitent être lucides mais ne jamais en souffrir
 
   Cette fois, c'est la bonne. L'homme qui gravissait les cols à la vitesse du son (avec ses équipiers, illustres inconnus qui le tiraient pendant des kilomètres) semble avoir enfin perdu la partie. Devant un tribunal civil, il aurait été condamné depuis longtemps.
   On entend déjà les défenseurs du coureur américain : "Il n'y a pas de preuve". C'est la phrase fétiche de tous les amoureux aveugles du sport. Comment prouver ? Pas simplement en trouvant de l'EPO ou un autre produit dans le sang ou dans les urines ; les modes de preuve sont multiples :  par exemple, les écrits documentés de personnalités comme le Docteur Jean-Pierre de Mondenard et le journaliste Pierre Ballester, les témoignages nombreux qui accablent le sextuple vainqueur du Tour, et bien sûr les présomptions c'est-à-dire toutes les conséquences qu'un magistrat tire d'un fait connu à un fait dont on veut démontrer l'existence et qui le rendent vraisemblable.
   Dans le cas d'Armstrong, les présomptions sont si fortes (ses performances, ses "amitiés", etc.) qu'un juge n'aurait pas eu de mal de tirer de ces faits connus un fait inconnu : le dopage indiscutable de l'homme chéri des médias pendant de longues années. Y compris lors de son retour en 2009, le directeur du Tour, Christian Prud'hommes, saluant alors le champion texan comme le fit la presse dans sa grande majorité. Le consultant de France Télévisions, Laurent Jalabert, qui connaît bien le sujet, soutient aujourd'hui encore le coureur américain : "Armstrong, c'est quelqu'un qui a toujours été controversé, c'est quelqu'un qui a toujours fait du bien au vélo. Je suis persuadé que c'est un immense champion. Il a rendu ce sport populaire au-delà de l'Europe. Il a eu beaucoup de succès, beaucoup de talent et aussi une façon de pratiquer son sport qui n'a pas plu à tout le monde". Visiblement, cette façon de pratiquer ne déplait pas à l'ex champion français...
   Armstrong a toujours trouvé beaucoup de complices dans les milieux sportif, médiatique et même politique, pour que soient associés à son nom les mots de responsabilité et d'exemplarité (l'ancien malade qui donne aux Autres). Depuis plusieurs années, le CACS a dénoncé cette complicité avec Armstrong et à  dénoncé l'hypocrisie de la lutte antidopage. Sans être écouté. 
    Tous les amis du sport souhaitent être lucides mais ne jamais en souffrir. Alors, ils ferment les yeux sur un monde jugé anodin et innocent  où grouillent l'argent, les violences physiques et morales,  les tricheries, le culte des plus forts, les nationalismes et...  le dopage.

jeudi 23 août 2012

La mort de Saamiya Yusuf Omar
comme symbole de l'indifférence sportive

   Saamiya Yusuf Omar est morte dans une embarcation de fortune au mois d'avril dernier en mer Méditerranée. Âgée de 21 ans, l'athlète somalienne avait eu son moment de célébrité en 2008 aux Jeux de Pékin. Tout le monde saluait alors  son courage face aux fondamentalistes islamiques qui condamnaient le comportement "excentrique" de cette femme athlète.  Au terme du 200 m qu'elle avait terminé loin derrière les autres sous les applaudissements d’un public acquis à sa cause, les amoureux du sport (dirigeants, pratiquants, hommes politiques) se donnaient bonne conscience en avançant que le sport l'avait aidée à s’affranchir. 
   La course terminée plus personne n'entendit  parler de Saamiya Yusuf Omar. Et plus personne n'en parla pendant les quatre ans de l'Olympiade jusqu'à ce 22 août, date où l'on apprit sa disparition par la voix d'un ancien athlète du pays : "Elle est morte pour rejoindre  l'Occident. Elle était montée à bord d'une "charrette de la mer" qui, de Libye, devait la conduire en Italie. Mais elle n'y est jamais arrivée."
   Aujourd'hui encore, certaines voix osent affirmer que le sport lui a permis de "prendre une revanche sur la vie" !  Quelle vie ? Même dans la mort, le mythe du sport remède subsiste. Le sport fait croire qu’il libère alors qu’il maintient la domination.
   Depuis l’origine des Jeux olympiques dits modernes, le fossé est grand entre les discours proclamés et la réalité. Pour maintenir leur pouvoir, le CIO et ses relais (y compris médiatiques) sont prêts à tout, y compris à faire croire que la présence de femmes voilées aux derniers Jeux de Londres symbolise l’émancipation des femmes...